Ellipsos : Fin de la coopération SNCF-RENFE sur les relations internationales

Après avoir rompu, courant 2011, ses relations avec Trenitalia, l’opérateur national italien, sur les relations internationales vers l’Italie, la SNCF refait le même coup avec Ellipsos, la société commune entre SNCF et la RENFE.

La compagnie française vient en effet d’annoncer qu’elle mettait un terme, fin 2022, aux accords commerciaux en vigueur avec son homologue ibérique pour la commercialisation et la répartition des recettes sur les relations à grande vitesse entre les pays, à savoir Paris-Barcelone (en TGV) et Lyon-Barcelone (en rame AVE), les relations Madrid-Toulouse et Madrid-Marseille ayant déjà été arrêtées. Raison invoquée : la rentabilité trop faible de ces relations. La crise sanitaire de ces deux dernières années et les restrictions inhérentes pour se déplacer à l’étranger n’ont évidemment rien arrangé à la situation, ces relations souffraient déjà d’un temps de trajet allongé et d’un prix des billets supérieur par rapport aux vols aériens low-cost…

La SNCF a annoncé son intention de maintenir l’exploitation du Paris-Barcelone, seule relation susceptible d’atteindre un semblant d’équilibre financier. L’avenir du Lyon-Barcelone reste donc en suspens : si la RENFE a déjà le matériel pour assurer ces trains, on l’imagine assez mal reprendre seule à son compte la relation, avec tous les risques financiers que cela sous-entend. Dans le cas où les Espagnols souhaiteraient continuer l’aventure, il leur faudra également se pencher sur la question des horaires et de la fréquence : avec un seul aller-retour dans la journée, qui empêche Français et Espagnols de passer ne serait-ce qu’une demi-journée sur place, personne n’est gagnant.

L’une des autres raisons de ce divorce, outre la question de la rentabilité, est à chercher dans l’arrivée récente de la SNCF sur le marché intérieur espagnol de la grande vitesse : la compagnie française a en effet lancé, en juin dernier, son offre low-cost Ouigo entre Madrid et Barcelone, qui rencontre déjà un franc succès. N’oublions pas non plus que la RENFE avait annoncé courant 2020 son intention de se lancer sur une relation entre Marseille et Lyon (non concrétisée pour le moment), et lorgne désormais sur Paris-Londres. C’est donc aussi cette guerre commerciale frontale entre les deux compagnies qui peut expliquer l’arrêt d’Ellipsos. La situation n’est pas sans rappeler l’épisode Artésia qui a entraîné, une dizaine d’années plus tard, l’arrivée de Trenitalia en concurrence directe avec la SNCF sur Paris-Milan et Paris-Lyon. Il faudra donc surveiller ce que décidera la RENFE pour l’avenir du Lyon-Barcelone, et ce qu’il adviendra des relations à grande vitesse entre la capitale des Gaules et la péninsule ibérique.

Sources :

  • Article des Echos du 16 février 2022
  • Article de La Tribune du 17 février 2022