Railcoop ou la renaissance du Lyon-Bordeaux ?

Abandonnée par la SNCF depuis fin 2012, la liaison entre Lyon et Bordeaux, dont le retour avait été déjà évoqué dans le passé sans jamais se concrétiser, pourrait enfin revoir le jour, et ce ne serait pas grâce à la SNCF…

Cette réouverture est en effet le projet principal de Railcoop, jeune entreprise ferroviaire fondée en 2019, qui a la particularité d’être une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Cela signifie que tout à chacun peut devenir sociétaire de l’entreprise et prendre part aux décisions et à l’évolution de l’entreprise. Un modèle encore inédit dans le paysage ferroviaire français, mais qui avait déjà été expérimenté, sans succès, en Allemagne, avec Locomore.

Profitant de l’ouverture à la concurrence sur les relations intérieures qui débutera en décembre 2020, Railcoop envisage donc, notamment, de reprendre à son compte la défunte liaison Lyon-Bordeaux à partir du milieu de l’année 2022 sur la base de 3 aller-retours par jour (dont, a priori, une relation de nuit), pour un temps de parcours envisagé autour des 6h45, en reprenant le tracé emprunté à l’époque de la SNCF via Périgueux, Limoges, Montluçon et Saint Germain des Fossés. Un temps de parcours inférieur d’environ une heure à celui des X 72500 avant la suppression de la desserte, pour un total de 11 villes desservies (Bordeaux, Libourne, Périgueux, Limoges, Saint-Sulpice-Laurière, Guéret, Montluçon, Gannat, Saint-Germain-des-Fossés, Roanne et Lyon. Forte de ses études de marchés, la coopérative table sur une fréquentation annuelle aux alentours de 690 000 voyageurs. Un programme ambitieux. La coopérative envisage également, dans un second temps, de lancer d’autres relations voyageurs, avec notamment une liaison entre Lyon et Nancy via Dijon, ou une relation en train de nuit entre Strasbourg et Nice.

Détail du trajet et des gares desservies par les futurs trains Railcoop entre Bordeaux et Lyon.

Niveau matériel, rien n’est acté pour le moment, même si la coopérative semble bien se tourner vers le Coradia Liner d’Alstom (qui circule déjà notamment sur les Intercités entre Lyon, Tours et Nantes). La question du financement de ces rames (6 au total, ce qui semble être un minimum) est bien sûr la question principale : à plus de 10 millions l’unité neuve, il faudrait débourser plus de 60 millions d’euros pour acquérir tout ce matériel. Inenvisageable pour une si jeune entreprise à peine portée sur les fonds baptismaux, sauf à passer par la case emprunt. C’est pour cela que Railcoop envisage la location de ces engins ; il faudrait par contre qu’un loueur dispose d’un parc de Coradia Liner disponible, ce qui n’est pas le cas actuellement (seule la SNCF possède, en fonds propre, des engins de cette série), et que ce soit ce loueur qui prenne en charge l’achat des rames neuves pour ensuite les louer à Railccop et ainsi amortir son investissement. Là aussi, ce sera totalement inédit. La coopérative indique être en contact avec Akiem et Alpha Trains à ce sujet. A ce prix devra être ajouté celui de la licence d’opérateur ferroviaire, qui s’élève à 1,5 million d’euros. C’est d’ailleurs dans ce but qu’est constituée la levée de fonds actuelle et le recrutement des sociétaires. C’est sans compter non plus sur le coût des formations et des salaires du personnel qu’il faudra bien recruter (on parle d’une estimation autour d’une centaine de postes) pour faire circuler et exploiter ces trains. Toujours niveau matériel, il faudra bien aussi trouver un endroit pour garer et entretenir ce matériel (on évoque la possibilité d’implanter un atelier sur Guéret).

Un Coradia Liner aux couleurs de Railcoop à Part Dieu ? C’est prévu en 2022 !

La question du tarif des tickets n’est pas elle non plus arrêtée, même si Railcoop évoque un premier prix aux alentours de 38€, avec l’idée de s’aligner sur les tarifs du covoiturage. C’est en effet plutôt le cas, car le prix d’un covoiturage entre Lyon et Bordeaux oscille autour de 32 à 37€. Le tarif envisagé par Railcoop reste néanmoins encore 2 fois supérieur aux premiers prix que peut proposer Flixbus ou BlaBlabus sur cette même relation, pour un temps de trajet supérieur d’une heure mais un confort moindre. Si on essaye de comparer le ratio prix/temps de transport/confort du véhicule, le positionnement de Railcoop n’a rien de saugrenu (et c’est sans compter le bilan carbone largement en faveur du rail !).

Comme on peut le voir, le modèle économique envisagé ne sera pas simple à tenir, loin de là. Le recrutement d’un nombre suffisant de sociétaires, avec un apport minimum par sociétaire, est une condition sine qua non pour que cet ambitieux projet puisse voir le jour à la date annoncée. Il faudra également que la fréquentation soit au rendez-vous pour pouvoir alimenter les caisses et équilibrer les comptes (la coopérative annonce ne pas vouloir faire appel à des subventions d’équilibre). L’avantage de Railcoop par rapport à feue son homologue allemande, c’est qu’elle se positionne sur une relation où il n’existe, jusqu’à présent, aucune concurrence (contrairement à Locomore qui n’opérait qu’un unique AR entre Berlin et Stuttgart, en concurrence frontale avec la Deutsche Bahn). On a donc pas fini d’entendre parler de Railcoop dans les mois qui viennent ; soyez au rendez-vous pour suivre leur actualité et le renouveau du Lyon-Bordeaux !

Sources :